
Un texte publié le 7 septembre 2026 marque une évolution discrète mais significative de la politique industrielle française dans le solaire : pour la première fois, un allègement réglementaire est directement conditionné à l’achat de panneaux assemblés en Europe.
Pourquoi ce décret intervient maintenant
Le constat de départ est sévère pour l’industrie solaire française. Selon des données de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) publiées en février 2026, 88 % de la puissance solaire installée en France repose sur des équipements d’origine asiatique, très majoritairement chinoise. Les fabricants français ne représentent plus qu’environ 2 % du marché des grandes centrales au sol, et 10 % de celui des installations en toiture — où 89 % des volumes proviennent également d’équipements importés.
Ce déséquilibre s’est construit malgré des années de soutien public au solaire (tarifs d’achat garantis sur vingt ans, primes à la production), qui ont accéléré les volumes installés sans nécessairement profiter à la chaîne de valeur industrielle française — les modules les moins chers étant, la plupart du temps, importés. Plusieurs fabricants français ont d’ailleurs mis la clé sous la porte ces dernières années, à l’image de Systovi (Loire-Atlantique) ou Voltec Solar (Bas-Rhin), l’un des derniers fabricants français de panneaux encore en activité.
Le principe du nouveau texte
Le décret ne se contente pas d’assouplir une contrainte réglementaire pour les entreprises : il conditionne cet assouplissement à l’achat de panneaux assemblés en Europe. Concrètement, un report de délai (dont les modalités précises varient selon les projets concernés) devient accessible aux porteurs de projets qui choisissent des équipements fabriqués sur le continent européen, plutôt qu’importés d’Asie.
C’est une approche nouvelle par rapport aux dispositifs précédents, qui ne distinguaient généralement pas l’origine géographique des équipements dans le calcul des aides ou des délais accordés.
Ce que ça signifie concrètement à ce stade
Il est important de noter que ce décret concerne pour l’instant principalement les grands projets industriels et les centrales de plus grande envergure, pas directement les installations résidentielles classiques. Pour un particulier faisant poser des panneaux sur sa toiture aujourd’hui, ce texte n’a pas d’impact réglementaire direct sur son dossier ou ses aides.
Ce qu’il faut néanmoins en retenir : c’est un signal clair de la direction que prend la politique industrielle française sur le solaire, avec une volonté affichée de renforcer la production européenne face à la domination des équipements asiatiques. Un projet comme HoloSolis, dont la montée en puissance est annoncée pour les prochaines années, sera un premier test grandeur nature de cette ambition de relocalisation industrielle.
Pourquoi c’est un sujet qui pourrait vous concerner à l’avenir
Si cette tendance se confirme et s’étend progressivement à d’autres segments du marché (y compris potentiellement le résidentiel), l’origine de fabrication de vos panneaux pourrait devenir, dans les années à venir, un critère de plus en plus pertinent — pas seulement pour des raisons de bilan carbone (comme on l’évoquait dans notre article dédié), mais aussi pour d’éventuels critères d’éligibilité à certaines aides futures.
En résumé
- Un décret du 7 septembre 2026 conditionne, pour la première fois, un allègement réglementaire à l’achat de panneaux assemblés en Europe
- Ce texte répond à un constat sévère : 88 % de la puissance solaire installée en France provient d’équipements d’origine asiatique
- La filière française de fabrication de panneaux s’est fortement réduite ces dernières années, avec plusieurs fermetures d’usines
- Pour l’instant, l’impact concerne surtout les grands projets industriels, pas directement le résidentiel
- C’est néanmoins un signal à suivre sur l’évolution possible des critères d’aides dans les années à venir
Cette évolution réglementaire s’inscrit dans un mouvement plus large de relocalisation industrielle en Europe, un sujet qu’on continuera de suivre au fil de son application concrète.
Article complémentaire à : « Un panneau solaire pollue-t-il plus qu’il ne fait économiser ? Le vrai bilan carbone en 2026 » et « La France franchit les 34 GW de solaire installé : que disent vraiment les chiffres 2026 ? »